Deux Jours au Campement du Canal St Martin – le 18/19 janvier 2007

 

Après avoir été à Charleroi le jour avant, une délégation du ‘Collectif 103’ (les ex-occupants du Bd Waterloo 103 à 1000 Bruxelles) et de l’asbl Chez Nous s’est décidée de partir à Paris.  Grâce au Front Commun des S.D.F on a su acheter les tickets pour le voyage sur un bus d’EUROLINES.  Tous étaient convaincus de la nécessité d’établir des contactes internationaux afin de s’unir dans la lutte pour un droit au logement opposable.

 

Ce qui suit, c’est un récit de quatre personnes qui voulaient exprimer leur solidarité avec tous les S.D.F. qui se trouvent là.  Un récit de tout ce qu’on a vu et entendu en passant jeudi et vendredi sur le campement des enfants de don quichotte au quai du Canal St Martin, où se trouvent 259 tentes hébergeant environ 280 personnes à ce moment-là.  Parmi eux aussi des sans papiers en grève de faim au bord du canal.  Le vent s’engouffrait dans nos vestes, la pluie n’étant jamais loin.

 

Le premier jour, le jeudi, on a essayé de parler avec tout le monde qu’on rencontrait juste pour savoir à qui s’adresser afin  d’obtenir plus d’informations et de fixer un rendez vous avec un des frères Legrand ou un autre responsable.  Ce jour-là, on a seulement trouvé un responsable le soir et nous étions heureux qu’il voulait nous recevoir le lendemain vers 13.00 h. 

Dans l’après midi on a été chercher un squat à la Bourse au Centre de Paris, au-dessus d’une banque, mais ils n’ont pas voulu nous laisser rentrer.  « On est plein, ce n’est pas possible », disait l’homme qui venait par hasard ouvrir la porte. 

Etant trop fatigué pour rester dans la rue toute la nuit, on s’est décidé d’aller dormir dans une auberge de jeunesse pendant la nuit.   Plusieurs entre nous avaient déjà passé des nuits blanches les jours avant. 

 

Le vendredi, on est de nouveau allé au campement.  C’est là que nous avons finalement trouvé Martin Choutet, un des responsables qui nous avait donné rendez-vous.  Heureusement il a trouvé une demi-heure pour un entretien avec nous dans son agenda surchargé.  « Les responsabilités sont mal partagés », disait-il en serrant la main de presque tout individu qui croisait notre chemin.  C’ était clair qu’il tient beaucoup à entretenir des contacts avec tous ceux qui logent au bord du Canal.

 

On s’est installé à la terrasse d’un petit bistrot près de l’hôpital. Son copain Eric nous rejoint aussi.  Nous avons proposé de nous dire ce qu’il pense d’une action coordonnée dans toute l’Europe.

 

Stefan : (pour le Collectif 103) : Les enfants de don quichotte ont donné beaucoup d’espoir à d’autres S.D.F. dans tout l’Europe.  Nous sommes les ex-occupants du Bd Waterloo 103 à Bruxelles, un grand squat qu’on a occupé pendant 50 jours avant d’y être expulsé.  Notre occupation était soutenue par cinq organisations différentes, c.à.d. le Syndicat des locataires, les Unions des locataires de St.Gilles et des Marolles, le Collectif Colère et une organisation des S.D.F., l’Association Sans But Lucratif « Chez Nous/Bij Ons ».   Leur porte-parole Manuel Chiguero est avec nous ici.

Avant-hier nous avons été à Charleroi, où on a érigé des tentes au quai de la Sambre. Depuis le 13 janvier on à fait la même chose à Barcelone.   On vous passe le bonjour du Front Commun des S.D.F aussi, on veut savoir si on a toute la liberté d’organiser un campement en Belgique.

Les problèmes des S.D.F. et des sans papiers sont donc un problème Européen qui demande une solution au niveau international.  Est-ce possible de nier ces liens et se permettre de ne pas chercher la solidarité dans les autres pays ?  Nous sommes prêts à établir des contacts durables et nous voulons porter une partie de la responsabilité.  En première semaine du mois d’avril nous partirons à Barcelone avec la même question : serait-il possible d’organiser une manifestation dans tout l’Europe sur la même journée ?

 

Martin : De chaque ville il devrait y avoir un représentant pour la manif internationale. Je veux dire un campement international, parce qu’un manif, ça ne changera rien.  On ne saura jamais trouver le même nombre des gens que ceux qui se sont déclarés contre le CPE.  Par contre, c’est plutôt notre symbolique qui est très important ici.  Et en cas de manif européen, il faudrait faire ça avec tous les représentants de chaque organisation ou chaque ville.

Les enfants de Don Quichotte ont du succès maintenant, mais c’est seulement grâce au fait qu’on s’est profilé comme apolitique, citoyenne, ouvert à tous, humaniste, pacifique et surtout indépendant depuis le début.

 

Stefan : Racontez-nous un peu l’historique de cette action ?  Quelles organisations sont impliquées là-dedans et qui vous soutient ?

 

Martin : L’histoire ?  Je crois qu’on a eu du succès parce qu’on est resté apolitique ou non-politique.  C’est très important pour nous.   Justement ça fait bouger les choses.  Nous allons continuer les actions tant qu’il y a des S.D.F en ville de Paris et en France.  On n’ pas voulu mélanger tous les choses : pour nous, ça veut dire ne pas confondre le droit au logement et le droit de hébergement (pour sans papiers).  Les sans papiers attendent d’abord leur régularisation, après ils obtiendront un droit au logement.  Maintenant on demande donc un droit de hébergement pour tous, aussi afin d’éviter toute la polémique. Parce que c’est trop complexe. Nous avons aussi des problèmes avec l’extrême droite en France, on ne veut pas les donner trop.  On essaie de rassembler les gens, de trouver un consensus entre les organisations différentes, s’ils sont catholiques oui ou non.  On cherche aussi d’unir tous les citoyens, nous ne faisons pas de différence entre les S.D.F. et les autres parisiens.

Je sais bien qu’on a fait des fautes aussi.  On n’a pas su accueillir tout le monde qui s’est présenté ici et après  ils sont parti.  Il y a trop peu des gens qui doivent porter tout le fardeau.  Aussi le ravitaillement, l’information aux gens, tout ça est un peu brouillé parce qu’on ne sait pas faire tout en même temps.

 

Eric : Il y a moyen pour trouver de l’argent, du soutien. Surtout ici, on peut toujours trouver, mais il faut trouver les gens qui veulent investir du temps pour contacter des organisations et poser la question.

 

Martin : Il faut travailler avec les grands organisations comme avec les petits.  Ce sont eux qui ont organisé les foyers et tout ça où on ne veut plus aller maintenant.  On va continuer de toute façon.  On peut se méfier d’eux, mais une mobilisation est autour des fondements universels, tous ensemble on peut changer quelque chose de fondamental et d’essentiel. On ne défend pas une idéologie mais plutôt les droits de tout le monde. Les valeurs humanistes et les droits de l’Homme ne nous sont pas étrangers. 

On a écrit une Charte : on l’a discuté avec les organisations ensemble : ils ont signé, pendant quelque temps il continueraient à signer. Ensuite on a été chez les politiciens.  Ils ont signé aussi, parce qu’il ne se trouveront pas dans UN campement politique, il n’y a pas de parti pris.  Quelques organisations qui s’occupent depuis longtemps avec le droit d’hébergement des sans-papiers se sentent dépassés par nous, ce qui est bien, mais nous n’avons pas voulu ça bien sûr.

Manuel : Avec l’ASBL Chez Nous et Ressort Bruxelles nous avons lancé une campagne sur la question sanitaire.  Le droit à l’hygiène pour tous !!  Nous avons vu les toilettes publiques ici et un peu partout dans la ville, ça n’existe pas encore à Bruxelles.  Est-ce qu’il y a des douches publiques aussi ?  Et est-ce gratuit ?

 

Martin : Il y a des toilettes placés par la mairie, et ils en ont ajouté quelques unes ici au quai du Canal St. Martin.

Le FENTSAE, c’est une grande organisation officielle.  Ils font des publications et des groupes de recherche. Parmi d’autres ils ont fait pression pour qu’on prevoie du sanitair publique.   Il y a des douches publiques gratuits dans des immeubles publiques.  Beaucoup des organisations se sont déjà consacrées à l’hygiène publique, il n’ya pas que le DAL, le FENTSAE ou le NOVOX (aussi un réseau international des S.D.F).

 

Stefan : Hier on a parlé avec le Ministère : qu’est-ce qu’on a décidé de faire ?

 

Martin : On enlève des tentes maintenant, le gouvernement a fait des bonnes promesses, des propositions intéressantes.  Il y a un comité de suivi pour voire si tout sera effectué comme promis.  Tous les 15 jours il y a une réunion et on va vérifier si tous les gens qui étaient au quai vont trouver une solution.  Il y en a toujours 280 environ.  Et après on peut élargir parce qu’il y a encore des gens sur les listes d’attente.

Les luttes ne doivent pas toujours se convertir, comme on dit souvent, mais plutôt se diversifier. Nous avons appuyé sur le droit de hébergement pour ne pas causer une discrimination entre les sans papiers et les autres.  Les sans papiers n’ont pas un droit au logement, mais ils ont un droit d’hébergement.  On n’a pas fait le rapport avec l’emploi non plus malgré que ce lien est très intéressant aussi. 

 

Manuel : Serait-il possible de mettre des tentes à Bruxelles ?  Et à partir de quand ?  Nous avons compris qu’ils partent d’abord en Espagne ?

 

Martin : L’initiative est libre à toutes et à tous !!  Si vous voulez commencer en Belgique, rien ne vous empêche. Nous avons acheté les tentes à 25 € la pièce chez DEKATHLON, un grand magasin qui vend du matériel camping.  On veut faire un modèle de travail social aussi.  On nous propose des logements maintenant.  On va progressivement enlever les tentes, un par un, à mesure que les gens trouvent une solution.  Comme j’ai dit, c’est le symbolique qui est très important, pas le nombre.  Un petit campement restera sur place. 

 

Après l’interview avec Martin Choutet, nous sommes encore une fois allé vers l’extrémité du  campement.  C’est là que nous avons trouvé les grévistes de faim.  On a demandé après leurs revendications, ils ont dit qu’ils veulent une régularisation générale, parce que ça leur donne droit sur un logement et pas seulement sur un droit d’hébergement. 

 

Un peu plus loin, en traversant le pont, on a vu une groupe des activistes qui donnaient à manger à tout le monde.  Nous avons fait connaissance avec Jean-Pierre, un des habitants du campement.  On lui a mis au courant de notre interview avec Martin et tout ce qu’il a dit. Jean Pierre répond, avec un discours aussi convaincant que tous les autres qu’on a déjà entendu auparavant.

 

Jean-Pierre : Les gens qui se trouvent toujours au quai, dans les tentes, veulent une solution collective pour tous.  Ils veulent un bâtiment en autogestion et le droit de rester ensemble. 

Si on se fait piéger par les discussions avec CAPARCA et les autres institutions, on se trouvera en asile psychiatrique avant qu’on le sache.  Nous ne voulons pas que les gens sont isolés comme ça, mais qu’on restera tous ensemble.  La groupe est plus forte que l’individu. Les gens qui parlent avec les institutions vont finir par se faire institutionnaliser eux-mêmes, c’est comme ça que le gouvernement essaie de gérer les choses.  Les enfants de don quichotte ont la bonne volonté, mais cette action est devenu trop difficile à gérer pour si peu de gens.  Ils vont finir par se laisser avoir par les politiciens qui font des promesses tous les jours.

Est-ce que nous avons une solution ?  Qu’est-ce qu’on fait ici au bord du canal alors ?  Je ne veux pas bouger ni liquider ma tente avant qu’on est sûr que les promesses valent quelque chose en réalité.   

 

Ensuite, nous sommes allés vers Gallieni, où le bus nous attendait pour partir en Belgique. Le voyage de retour a duré  trois heures et demie.

 

Stefan, Nathalie, Manu et Fred.

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